Togo

Au Togo, l’épiscopat revendique sa légitimité à s’exprimer sur le champ sociopolitique

En marge de l’assemblée générale de la fraternité des prêtres diocésains du Togo qui s’est tenue à Kpalimé (sud-ouest) du 7 au 11 janvier 2019, l’épiscopat togolais a publié un message dans lequel il justifie son implication dans la résolution de la crise sociopolitique.

Les évêques togolais assument leur engagement dans la résolution de la crise sociopolitique que traverse leur pays depuis 2017. Au cours de l’Assemblée plénière des prêtres togolais qui portait sur le thème : « Quels prêtres pour notre pays et le peuple de Dieu dans la crise sociopolitique que nous vivons ? », ils ont donné une réponse claire. « Les événements que nous vivons dans notre pays au plan politique et social, ne sauraient nous laisser indifférents, ont-ils estimé. Les violences contre les personnes, les blessés, les détenus et les morts qui ont émaillé la période du dialogue entre les acteurs politiques sont déplorables et inacceptables. »

Justifiant son engagement, l’épiscopat togolais a expliqué que le « peuple de Dieu » n’attend pas seulement de lui une parole d’espérance et de réconfort mais aussi une parole forte « qui appelle le mal, le mal, et le bien, le bien ». « Le peuple de Dieu attend de ses prêtres la parole de vérité », ont-ils insisté.

Crise sociopolitique
Depuis plus d’un an en effet, l’opposition togolaise organise une vaste protestation contre le régime de Faure Gnassingbe, au pouvoir depuis 2005. En août 2017, elle avait entamé une série de manifestations simultanées dans plusieurs villes pour exiger, entre autres réformes, la limitation à deux du nombre de mandats présidentiels. Elle souhaitait, en outre, que cette mesure soit rétroactive pour éviter que le président actuel ne brigue un quatrième mandat en 2020. Ces manifestations ont été réprimées dans le sang.

La Conférence des évêques du Togo (CET) est intervenue à plusieurs reprises ces derniers mois, interpellant la classe politique et les citoyens à travers des lettres pastorales, dont la dernière a été publiée le 26 avril.

En novembre, un mois avant les élections législatives du 20 décembre 2018, elle avait adressé un message fort aux acteurs politiques. « Aucun Togolais n’est fier de ce spectacle désolant que nous imposent continuellement les acteurs politiques de notre pays », avait-elle critiqué dans le message final de sa troisième Assemblée plénière ordinaire de l’année 2018, publiée mardi 20 novembre. Dans ce message déjà, les évêques togolais revendiquaient leur mission prophétique d’élever la voix « pour annoncer l’espérance en appelant tout le peuple à prendre conscience de ses égarements » et invitaient les acteurs politiques au dialogue.

« Parler devient un témoignage courageux »
Dans son message de Kpalimé, la CET a encore insisté sur sa mission prophétique. « Nous devons parler à temps lorsqu’il nous paraît clair que la parole de Dieu est attendue comme une parole forte, d’espérance, déclare-t-elle. Nous devons aussi parler à contretemps, c’est-à-dire pouvoir contester les actes qui nous semblent contraires à la dignité humaine. Parler devient alors un témoignage courageux. » Les évêques togolais précisent cependant les contours de cette prise de parole. Selon eux, il ne s’agit pas de multiplier des messages audios ou vidéos sur les réseaux sociaux, notamment WhatsApp. « Nous devons nous adresser au peuple dans nos églises et toujours en prenant appui sur la parole de Dieu. Libres à ceux qui nous écoutent de partager s’ils le veulent », expliquent-ils.

Lucie Sarr

Source: la-croix

Retour à la liste des nouvelles