Nigeria

Faut-il dialoguer avec les terroristes?

Deux universités du Kenya, la Tangaza University et la Umma University respectivement catholique et musulmane, ont organisé du 11 au 12 avril 2018, un forum sur l’engagement des musulmans et des chrétiens pour les transformations sociales en Afrique.

À cette occasion, l’archevêque d’Abuja, le cardinal John Onaiyekan a exprimé sa conviction que le dialogue avec les terroristes pourrait être une alternative face aux échecs des nombreuses autres méthodes utilisées pour combattre ce phénomène qui gangrène de nombreux pays africains.

Pour le cardinal John Onaiyekan, archevêque d’Abuja, le dialogue avec les terroristes est indispensable pour la résolution des conflits en Afrique même si cela impose de négocier avec des meurtriers.

« Mon avis est que quelle que soit la position extrême d’un individu, il existe des personnes qui peuvent lui parler et instaurer une discussion. C’est toujours mieux que les armes à feu », a expliqué le cardinal John Onaiyekan lors d’une conférence qui a réuni, les 11 et 12 avril, des leaders religieux d’Afrique, d’Europe et d’Asie à Nairobi sur les transformations sociales en Afrique.

Il a également estimé que les dirigeants musulmans peuvent jouer un rôle central au Nigeria en amenant les membres du groupe terroriste Boko Haram à la table des négociations.

À ses yeux, puisqu’ils partagent une tradition de foi musulmane commune, les guides religieux musulmans sont les plus à même de discuter avec Boko Haram même si le groupe à une interprétation extrémiste de l’islam.

Les écolières de Chibok
Le cardinal John Onaiyekan avait déjà exprimé cet avis en mai 2017 après la libération de 87 jeunes écolières enlevées par le groupe terroriste (276 écolières nigérianes avaient été enlevées en 2014 par Boko Haram à Chibok au nord-est du Nigeria).

« Durant toutes ces années, j’ai régulièrement prié le gouvernement, avec insistance, de s’engager pour la libération des jeunes filles, avait expliqué le cardinal Onaiyekan. Mais le gouvernement m’a toujours répondu qu’on ne pouvait pas négocier avec des terroristes et échanger les jeunes filles contre des prisonniers. Or, c’est exactement ce qui s’est finalement passé. »

Les avis sont mitigés quant à l’opportunité de dialoguer avec les terroristes. « Nous ne pouvons pas négocier avec les terroristes tant qu’ils continuent à recourir à la violence pour parvenir à leurs fins » a ainsi estimé Richard Tutah, consultant kényan pour la sécurité intérieure et expert en matière de lutte contre le terrorisme ayant participé à la conférence de Nairobi. Pour lui, « la seule fois où nous pouvons négocier avec eux en tant que stratégie de lutte contre le terrorisme, c’est quand ils deviennent des ravisseurs ».

Lucie Sarr

source : la-croix

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