RD-Congo

En République Démocratique du Congo, de nombreuses femmes subissent des agressions sexuelles. Le père Bernard Ugeux, de la congrégation des Missionnaires d’Afrique (Pères blancs) mène un combat sans relâche pour les aider à se reconstruire.

« C’était en 2008. Six hommes armés ont tué mes parents à la machette et à la houe et m’ont amenée de force pour que j’épouse leur chef ». Ainsi commence l’histoire que raconte Françoise.

Le père Bernard Ugeux, Père blanc en mission à Bukavu, dans la province du Sud-Kivu, en République démocratique du Congo, a l’habitude d’entendre ce genre de récit. Depuis de longues années, il assure l’accompagnement spirituel de femmes victimes de sévices sexuels.

« Ces femmes viennent confesser l’agression qu’elles ont subie »

« Parfois ces femmes viennent confesser l’agression qu’elles ont subie », explique-t-il. « Il faut donc expliquer à ces victimes que ce n’est pas de leur faute et qu’elles n’y sont pour rien. »

Le Sud-Kivu est secoué, depuis vingt ans, par des affrontements entre divers groupes armés. Les femmes en sont les premières victimes.

En 2016, le Fonds des Nations unies pour la population (FNUAP), a signalé 2 593 cas de violences sexuelles dans les provinces en conflit de la RDC. Ces violences sont le fait d’hommes armés. Dans 68 % des cas, les auteurs de viols sont les groupes armés non étatiques (milices d’autodéfense Maï-Maï, notamment) 27 % des cas de viols sont imputés aux Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC).

L’Église comme recours

« La sexualité est utilisée comme arme de destruction avec une grande volonté d’humilier et de détruire », observe le père Ugeux. « Nous avons même entendu des cas ou des milices ont obligé des mères de famille à avoir des rapports sexuels avec leurs enfants avant de les exécuter. »

Face cette violence et à cette multiplication des anti-valeurs, les acteurs de développement se sont tournés vers l’Église pour trouver une réponse à la souffrance vécue par les femmes agressées.

En avril 2017, l’Union internationale des supérieures générales (UISG), avec l’appui de l’ambassade de Grande Bretagne, a formé une quarantaine de religieux, religieuses et prêtres diocésains, dans l’accompagnement des femmes victimes d’agressions sexuelles.

Acteur dynamique de cette formation des religieux pour l’accompagnement des victimes de viol, le père Ugeux préconise une méthode psychosociale. « Il ne suffit pas d’être empathique et de permettre d’exprimer des émotions et des souvenirs douloureux dans un climat de sécurité », assure-t-il. « Il faut aussi, et peut-être surtout, donner les moyens matériels et sociaux d’une réinsertion dans une communauté humaine où la victime retrouve une place et un rôle, du respect et une certaine sécurité. »

« Maintenant, je suis une fille comme les autres »

Cette méthode psychosociale est promue par le centre Nyota. Créée par le diocèse de Bukavu et géré par une congrégation religieuse, cette structure accueille chaque année 250 jeunes filles victimes de violence, de prostitution ou de grande pauvreté.

C’est grâce à ce centre que Françoise a sorti la tête de l’eau. Victime d’abus sexuels pendant de longs mois, la jeune femme ne croyait pas pouvoir avoir une vie « normale » après une telle expérience. Aujourd’hui, elle travaille et vit heureuse avec son enfant. « Maintenant, je suis une fille comme les autres », confie-t-elle.

Source : la-croix.com

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