Kenya

Parmi les tensions politiques au Kenya, l’Eglise catholique a constitué une voix, parfois sur un fond d’efforts visant à conserver le pays uni, se trouvant du bon côté de l’histoire. « Outre les lettres que nous avons écrites en tant qu’Evêques catholiques, nous avons dû faire des efforts de fonds, demandant aux différentes parties de mettre fin aux impasses » indique S.Exc. Mgr Philip Anyolo, Evêque de Homa Bay et Président de la Conférence épiscopale du Kenya (KCCB) dans un entretien exclusif à l’Agence Fides. « Au travers de cette approche, j’ose dire que c’est l’Eglise qui a conservé le pays uni, en élevant une voix qui n’était pas celle des hommes politiques » ajoute-t-il.

La décision de la Cour Suprême

A propos de la décision de la Cour Suprême du Kenya annulant l’élection présidentielle, un événement annoncé le jour même, vendredi 1er septembre dans une dépêche de l’Agence Fides, le Kenya a été mondialement salué comme le seul pays d’Afrique démontrant des signes de croissance démocratique au travers d’institutions constituées indépendantes.

Des Agences de presse internationales ont qualifié la décision de sans précédents. Aux Etats-Unis, le New York Times a décrit la décision en question comme « audacieuse et étonnante » alors que la CNN faisait mention de cette décision comme « la première fois en Afrique qu’une Cour annule la réélection d’un responsable en place ». En Afrique, Africa Confidential a confirmé que la décision a été « appréciée sur le continent africain comme un triomphe de l’indépendance de l’autorité judiciaire ».

Jeffrey Atika, un conférencier du Tangaza University College, siège détaché de l’Université catholique de l’Afrique de l’est (UCAE), remarque que la décision de la Cour constitue une épée à double tranchant. « Si la réitération de l’élection (présidentielle) est bien préparée et gérée, elle renforcera la crédibilité de l’autorité judiciaire et servira de source d’encouragement à d’autres juges ailleurs pour s’opposer à l’exécutif – explique-t-il. Dans le cas où les délais de l’élection seraient réduits, ceux qui ont salué la décision de la Cour Suprême du Kenya seraient déçus et les juges perdraient la confiance qu’ils s’étaient conquis ». Jeffrey Atika explique encore, en rapport aux réactions du monde politique, que ces dernières semblent représenter un danger pour la fragile paix régnant au Kenya.

Alors que la coalition de l’opposition dénommée National Super Alliance (NASA) s’est réjouie avec son candidat, Raila Odinga, décrivant le 1er septembre 2017 comme « un jour historique pour le peuple du Kenya et plus largement pour le peuple du continent africain », la réaction du Président Uhuru Kenyatta, dont la réélection a été annulée, est passée de la sobriété à la colère.

Dans son discours télévisé, le Président Kenyatta a promis de respecter la décision. Cependant, ces sorties suivantes dans le cadre de réunions publiques devinrent combatives à l’égard de l’autorité judiciaire, la décision y étant critiqué, tout comme le Président de la Cour et le système judiciaire. Il a en particulier qualifié le Président de la Cour et ses collègues de « wakora », un mot de la langue Swahili signifiant escrocs. « Allons-nous en – a-t-il déclaré – mais ils apprendront que nous sommes aussi des hommes » se référant aux magistrats de la Cour Suprême.

L’Eglise dans les moyens de communication de masse

De son côté, la (coalition) NASA a rejeté le calendrier de la Commission électorale, posant des conditions qualifiées de « minimum incompressible » à remplir avant de réitérer le vote, y compris le départ de certains des responsables de la Commission. Depuis la Décision, le paysage politique kenyan semble s’être envenimé.

Contre cet arrière plan, quelques kenyans ont fait connaître leur déception à l’Eglise, prétendant, au travers d’une section des moyens de communication locaux, que les responsables de l’Eglise seraient restés silencieux en ce qui concerne la politique nationale. Comme l’a confirmé l’Agence Fides, les débats publics sur certaines chaînes de télévision nationales et stations de radio ont repris ces affirmation, plaçant les responsables de l’Eglise sur le mauvais côté de l’histoire : « Où est l’Eglise ces jours-ci ? » a demandé le présentateur d’une radio locale.

Mettant en question la crédibilité de l’Eglise, ces affirmations semblent se fonder sur un certain niveau de désinformation sachant que les responsables de l’Eglise catholique se sont régulièrement exprimés sur l’état de la nation.

A cet égard, S.Exc. Mgr Anyolo, qui préside la KCCB, précise : « L’Eglise parle à un rythme et à un niveau jamais vu auparavant et elle travaille plus qu’elle ne l’a jamais fait. Nous vivons actuellement des circonstances différentes, dans le cadre d’une nouvelle dispense constitutionnelle où les institutions sont essentielles. A la différence du passé où nous avions un seul parti politique et où les différentes dénominations parlaient séparément, notre approche est désormais interreligieuse. Au travers de celle-ci, j’ose dire que c’est l’Eglise qui a conservé le pays uni ».

L’Evêque a expliqué ce que l’Eglise fait actuellement sous sa responsabilité, déclarant : « Notre effort de fond actuel, réalisé avec les autres responsables religieux d’autres dénominations, consiste à porter les candidats à la Présidence de Jubilee (le parti du Président Kenyatta NDT) et de la coalition NASA à une rencontre avec l’IEBC (la Commission électorale NDT) afin de trouver un compromis de sorte que les élections aient bien lieu, comme cela est actuellement prévu, le 26 octobre. Ce faisant, nous ne soutenons ni un changement de la loi électorale, comme cela est le cas de Jubilee, ni les nombreuses requêtes de la coalition NASA ».

Du respect des institutions

S.Exc. Mgr Anyolo a rappelé les interventions précédentes de l’Eglise au Kenya visant à ramener la paix et la stabilité dans le pays. « Cela n’a pas simplement à faire avec le problème actuel mais, bien avant cette élection, nous avons fait partie des personnes qui ont négocié en vue de la mise en place des actuels Commissaires de la Commission électorale indépendante (IEBC) après que le pays ait été polarisé vis-à-vis des précédents Commissaires. Nous avons fortement insisté sur le fait que nos institutions doivent être soutenues parce le fait de les modifier régulièrement ne semble pas aider ».

Dans leur message du 6 septembre, les Evêques catholiques appelaient « tous les kenyans à soutenir l’indépendance, la dignité et l’intégrité de la Cour Suprême et des Institutions constitutionnelles ».

Source : omnisterra.fides.org 

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