Côte d’Ivoire

Dans la plupart des paroisses ivoiriennes, les célébrations eucharistiques sont conclues par la bénédiction de l’eau et des objets de piété. La Croix Africa a mené une enquête sur l’usage de l’eau bénite par les chrétiens ivoiriens.

Anne-Marie, a toujours une bouteille d’eau bénite dans son bureau, situé dans la commune du Plateau, à Abidjan. Cette responsable dans l’administration ivoirienne observe un rituel tous les matins. « J’asperge de l’eau bénite dans mon bureau après une brève prière », explique-t-elle. « J’ai donc toujours une bouteille d’eau minérale que je fais bénir dans ma paroisse pendant la messe du matin ».

Pour cette quadragénaire catholique pratiquante, l’usage de l’eau bénite permet de « bien commencer la journée, en présence du Seigneur ». Elle se défend d’en faire un usage abusif. « Je n’utilise pas l’eau bénite comme une potion magique, soutient-elle. J’ai juste besoin d’avoir des éléments palpables qui me permettent d’avoir conscience de la présence de Dieu partout où je suis. D’ailleurs, ajoute-t-elle, j’ai chez moi beaucoup d’objets de piété et je porte toujours une médaille miraculeuse. Cela m’aide à garder à l’esprit mon identité de catholique. »

Se protéger des attaques démoniaques

Yvette, elle, assume pleinement les effets « surnaturels » qu’elle attribue à l’eau bénite. « J’utilise l’eau bénite pour chasser les mauvais esprits et me protéger des attaques démoniaques », explique cette vendeuse de pagnes. « Les vendeuses sont souvent malveillantes entre elles et n’hésitent pas à faire usage de moyens occultes pour nuire à la concurrence, ajoute-t-elle. Avec la prière et l’aspersion d’eau bénite, je suis certaine d’être protégée. »

À ses yeux, ces pratiques ne relèvent pas de la superstition. « L’essentiel c’est d’utiliser les outils que nous offre l’Église, relève-t-elle. Ce qui n’est pas permis, c’est d’avoir recours à tout ce qui est occulte. »

Le père Rodrique Naortangar est jésuite. Anthropologue, il fait remarquer que chez beaucoup de chrétiens, les sacramentaux – bénédictions, prières sur les malades – ont « un caractère quasi magique » et que certains objets de piété ou de prières « sont supposés avoir un effet immédiat ».

Pour ce religieux tchadien, la frontière entre foi et superstition est souvent ténue en ce qui concerne l’usage de l’eau bénite et des objets de piété chez certains fidèles africains. « Des attitudes qui peuvent paraître superstitieuses ont une grande valeur spirituelle pour bon nombre de chrétiens », fait-il remarquer. De même, des attitudes purement superstitieuses peuvent avoir reçu, au fil du temps un contenu spirituel tout à fait acceptable.

Accompagner la pratique

Pour lui, un travail d’accompagnement en vue d’un discernement est souhaitable car « vouloir établir une limite claire peut déstabiliser plus d’un chrétien, si on ne fait pas attention à sa biographie spirituelle personnelle. Cela peut aussi déstabiliser toute une organisation sociale.»

Le père Jacques Apkro du diocèse de Yopougon pointe les excès de l’usage de l’eau bénite. «Certains en font une consommation abusive, lui prêtant des pouvoirs pseudo-magiques, et s’en servant surtout pour « lutter contre » les démons, les maladies, les influences néfastes », fait-il remarquer avant de préciser : l’eau bénite n’est pas une potion magique. Son efficacité qui procède de la passion et de la résurrection du Christ, dépend des bonnes dispositions de l’utilisateur : humilité, mais aussi foi, espérance et charité, qui mettent en relation directe avec Dieu».

Aux yeux de ce prêtre ivoirien, malgré les excès dans son usage, l’eau bénite a sa place dans l’Église. Il préconise même de réintroduire ce sacramental dans les maisons. « L’eau a eu sa place dans les maisons au creux de petits bénitiers pendant de nombreux siècles, précise-t-il. On pourrait ainsi en user, par exemple, lors de la prière, personnelle ou familiale, ou encore pour bénir les enfants, au moment du départ à l’école, ou du coucher.

Lucie Sarr (à Abidjan)

Source : la-croix.com

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