Ivory Coast

 125 ans d’évangélisation, ou comment la Côte d’Ivoire est devenue chrétienne

Pour marquer les 125 ans d’évangélisation de la Côte d’Ivoire, la Cellule de réflexion et de production des théologiens ivoiriens (Cerepti) organise son premier congrès théologique du 11 au 14 septembre. Celui-ci réunit une centaine de théologiens au centre diocésain de Yamoussoukro (centre).


À cette occasion, La Croix Africa revient sur l’histoire de l’évangélisation de la Côte d’Ivoire et présente les principaux défis de l’Église ivoirienne.

L’histoire de l’évangélisation de la Côte d’Ivoire a connu deux grandes étapes. Une première tentative, au XVIIe siècle qui a échoué, et une seconde au XIX siècle, qui a permis l’implantation de l’Évangile et de l’Église en Côte d’Ivoire.

« La première tentative d’évangélisation de la Côte d’Ivoire connue remonte à 1637, et fut l’œuvre des capucins, explique le père Ambroise Mandah, professeur d’histoire de l’Église. Ils se sont installés à Assinie (sud-est), mais la mission n’a pas prospéré. Cet échec est principalement dû au refus des populations, aux maladies et à un problème de ravitaillement des missionnaires, Assinie n’étant pas à cette époque sur les routes maritimes. »

Pour les mêmes raisons, deux autres tentatives d’apporter l’Évangile aux populations ivoiriennes n’aboutiront pas : une des dominicains à Assinie, 50 ans après les capucins, et une autre des spiritains qui se sont installés à Grand-Bassam, à quelques kilomètres d’Assinie.

Société des missions africaines
Il faudra attendre le XIXe siècle, pour que l’évangélisation soit effective en Côte d’Ivoire.

En 1893, la Côte d’Ivoire devient une colonie française. Deux ans plus tard, Binger, le gouverneur de la colonie, fait appel aux pères de la Société des missions africaines (Sma) pour assurer l’éducation scolaire et la formation des futurs commis de l’administration. Le 28 octobre 1895, les pères Alexandre Hamard et Emile Bonhomme, les premiers missionnaires Sma arrivent à Grand-Bassam pour les besoins de l’administration coloniale, et l’annonce de l’Évangile. À la demande du Saint-Siège et sur insistance du fondateur, les Sma vont recruter des autochtones pour en faire des catéchistes et des prêtres afin de prendre en charge la suite de la mission.

En 1934, le père René Kouassi, premier prêtre ivoirien est ordonné. À sa suite, de nombreux autres seront ordonnés dont certains, à l’image du cardinal Bernard Yago, deviendront des évêques.

Défis
Aujourd’hui, le clergé ivoirien compte un peu plus de 1 800 prêtres dont de nombreux missionnaires en Afrique et en Occident. Mais de nombreux défis se présentent à l’Église ivoirienne dont l’un des principaux est celui de son l’autonomie financière.

Pour le père Ambroise Mandah, il faut également que l’Église ivoirienne prenne l’habitude de participer aux débats de la cité. « Notre plus grand défi est la question de la présence de l’Église dans les grands débats qui structurent l’histoire de notre pays, estime-t-il. Pendant la crise post-électorale [2010-2011 NDLR] par exemple, poursuit-il, il n’y a eu de prise de position claire du clergé. Et quand il y a eu des tentatives de prises de position, il y a eu des contradictions entre prêtres et évêques. »

L’autre défi important pour le clergé ivoirien aux yeux du père Mandah est de proposer des réponses concrètes à certaines préoccupations des fidèles. « Notre théologie est européenne, il nous faut l’inculturer pour prendre en charge les problèmes effectifs de nos peuples, explique-t-il. Quel langage tenir afin de les éloigner des sectes et des gourous dont certains sont au sein de l’Église ? ».

Pour cet historien, les questions liées aux mœurs du clergé doivent être également prises en compte. « On nous reproche beaucoup de choses sur la vie affective du clergé et sur la gestion des biens. C’est un problème qui concerne toute l’Église et nous ne sommes pas épargnés ».

La Cellule de réflexion et de productions des théologiens ivoiriens qui ouvre ses travaux ce mardi 11 septembre à Yamoussoukro, entend tracer les sillons d’une réflexion théologique catholique sur toutes ces questions.

Guy Aimé Eblotié (à Abidjan)

Source : la-croix.com

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